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L''''Anatolie''' ou '''Asie Mineure''' (''Anadolu'' en [[turc]] ; Ανατολία, ''Anatolia'', en [[grec moderne]] ; Անատոլիա, ''Anatolia'', en [[arménien]]) est un vaste bloc de territoires situé à l'extrémité occidentale de l'[[Asie]]. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres placées à l'ouest d'une ligne [[Tchorokhi]]-[[Oronte]], qui va de la [[Mer Méditerranée|Méditerranée]] à la [[mer Noire]], et est séparée de l'Europe au nord-ouest par la [[mer de Marmara]]. Dans le sens politique donné par les autorités turques, elle désigne toute la partie asiatique de la [[Turquie]] (97 % du territoire du pays, les 3 % restants étant situés en Europe, en [[Thrace orientale]]).
L''''Anatolie''' ou '''Asie Mineure''' ({{en langue|tr|Anadolu}} ; en {{lang-grc|Ανατολία}} / ''{{Lang|grc-Latn|Anatolía}}'' ; en {{lang-hy|Անատոլիա}} / ''{{Langue|hy-Latn|Anatolia}}'') est un vaste bloc de territoires situé à l'extrémité occidentale de l'[[Asie]]. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres placées à l'ouest d'une ligne [[Tchorokhi]]-[[Oronte]], qui va de la [[Mer Méditerranée|Méditerranée]] à la [[mer Noire]], et est séparée de l'Europe au nord-ouest par la [[mer de Marmara]].
Dans le sens politique, au Moyen Âge l'Anatolie désignait l'Asie mineure à l'ouest des [[Histoire de l'Arménie médiévale|Arménie]]s ; au sens moderne donné par les autorités turques, elle désigne toute la partie asiatique de la [[Turquie]] (97 % du territoire du pays, les 3 % restants étant situés en Europe, en [[Thrace orientale]]).


== Noms ==
== Noms ==
'''Anatolie''' vient du [[grec ancien|grec]] ''Anatolē'', {{grec ancien|ἀνατολή}}, qui signifie « Orient » ou littéralement « lever de soleil »<ref>[[Louis Deroy]] et [[Marianne Mulon]], ''Dictionnaire des noms de lieux'', [[Dictionnaires Le Robert|Le Robert]], 1994 {{ISBN|285036195X}}.</ref>. Pour la désigner, le terme d'« Asie Mineure » (''Asia Minor'' en [[latin]]) est encore très utilisé de nos jours, bien que la [[province romaine]] de ce nom n'ait occupé en fait que le tiers occidental de l'Anatolie.
Le nom « Anatolie » vient du [[grec ancien]] {{grec ancien|ἀνατολή|anatolḗ}}, qui signifie « Orient » ou littéralement « lever (de soleil) »<ref>[[Louis Deroy]] et [[Marianne Mulon]], ''Dictionnaire des noms de lieux'', [[Dictionnaires Le Robert|Le Robert]], 1994 {{ISBN|285036195X}}.</ref>. Pour la désigner, le terme d'« Asie Mineure » ({{en langue|la|Asia Minor}}) est encore très utilisé de nos jours, bien que la [[province romaine]] de ce nom n'ait occupé en fait que le tiers occidental de l'Anatolie.


== Géologie ==
== Géologie ==
[[Fichier:Geol Anatolia-fr.jpg|left|thumb|Carte géologique de l'Anatolie.]]
La péninsule anatolienne s'est constituée initialement à partir d'un ensemble de petits boucliers, anciennes îles de la [[Téthys (océan)|mer Téthys]], compressés lors de l'[[orogenèse alpine]], entre des sédiments marins soulevés et plissés. Cette histoire géologique a formé un vaste plateau central, entouré de chaînes plus élevées, les Taurus et les Pontiques. Le tout est ponctué de [[volcan]]s situés le long des principales [[faille]]s, tels le mont [[Mont Erciyes|Argée]]. Ces failles sont toujours actives, ce qui fait de l'Anatolie une terre [[Séisme|sismique]].
À l'[[Éocène]] inférieur et moyen, l'Anatolie et les [[Balkans]] forment un [[archipel]] ou un [[continent]] insulaire appelé [[Balkanatolia]] (ou Balkanatolie), séparé du reste de l'actuelle [[Eurasie]] et peuplé d'une [[faune (biologie)|faune]] terrestre [[endémisme|endémique]] (notamment des [[Afrotheria|afrothériens]] et des [[Metatheria|métathériens]] d'origine [[Gondwana|gondwanienne]])<ref name=Licht2022>{{article| périodique={{lien|Earth-Science Reviews}}| volume=226| date=mars 2022| numéro article=103929| doi=10.1016/j.earscirev.2022.103929| titre=Balkanatolia: The insular mammalian biogeographic province that partly paved the way to the Grande Coupure| auteur1=Alexis Licht| auteur2=Grégoire Métais| auteur3=Pauline Coster| auteur4=Deniz İbilioğlu| auteur5=Faruk Ocakoğlu| et al.=oui}}.</ref>.


La péninsule anatolienne se constitue à partir ces petits boucliers, anciennes îles de la [[Téthys (océan)|mer Téthys]], qui sont comprimés lors de l'[[orogenèse alpine]] entre des sédiments marins soulevés et plissés. Cette histoire géologique a formé un vaste plateau central, entouré de chaînes plus élevées, les Taurus et les Pontiques. Le tout est ponctué de [[volcan]]s situés le long des principales [[faille]]s, tel le mont [[Mont Erciyes|Argée]]. Ces failles sont toujours actives, ce qui fait de l'Anatolie une terre [[Séisme|sismique]].
== Histoire de l'Anatolie ==


== Histoire de l'Anatolie ==
{{Article détaillé|Histoire de l'Anatolie}}
{{Article détaillé|Histoire de l'Anatolie}}


=== Origine et Antiquité ===
=== Origine et Antiquité ===
L'Anatolie a vu s'épanouir plusieurs [[civilisation|civilisations]], dès la [[Préhistoire]]. Le Néolithique émerge dans les populations de chasseurs-cueilleurs locales de l'Anatolie centrale sans que l'on puisse démontrer une influence externe<ref>{{article|langue=en | nom=Chyleński | prénom=Maciej | nom2=Ehler | prénom2=Edvard | nom3=Somel | prénom3=Mehmet | nom4=Yaka | prénom4=Reyhan | nom5=Krzewińska | prénom5=Maja | nom6=Dabert | prénom6=Mirosława | nom7=Juras | prénom7=Anna | nom8=Marciniak | prénom8=Arkadiusz | titre=Ancient Mitochondrial Genomes Reveal the Absence of Maternal Kinship in the Burials of Çatalhöyük People and Their Genetic Affinities | journal=Genes | périodique=MDPI AG | volume=10 | numéro=3 | date=2019-03-11 | issn=2073-4425 | doi=10.3390/genes10030207 |url=https://www.mdpi.com/2073-4425/10/3/207 | page=207}}</ref>. Le Néolithique en Anatolie s'étend entre 9500 et 6000 av. J.C..
L'Anatolie a vu s'épanouir plusieurs [[civilisation|civilisations]], dès la [[Préhistoire]]. Le [[Néolithique]] émerge dans les populations de chasseurs-cueilleurs locales de l'Anatolie centrale sans que l'on puisse démontrer une influence externe<ref>{{article|langue=en | nom=Chyleński | prénom=Maciej | nom2=Ehler | prénom2=Edvard | nom3=Somel | prénom3=Mehmet | nom4=Yaka | prénom4=Reyhan | nom5=Krzewińska | prénom5=Maja | nom6=Dabert | prénom6=Mirosława | nom7=Juras | prénom7=Anna | nom8=Marciniak | prénom8=Arkadiusz | titre=Ancient Mitochondrial Genomes Reveal the Absence of Maternal Kinship in the Burials of Çatalhöyük People and Their Genetic Affinities | journal=Genes | périodique=MDPI AG | volume=10 | numéro=3 | date=2019-03-11 | issn=2073-4425 | doi=10.3390/genes10030207 |url=https://www.mdpi.com/2073-4425/10/3/207 | page=207}}.</ref>. Le Néolithique en Anatolie s'étend entre 9500 et 6000 av. J.C.


Présent en Anatolie centrale vers 8 300 av. J.C., le Néolithique se diffuse vers l'Ouest atteignant les [[Mer Égée|côtes égéennes]] et le Nord-Ouest de l'Anatolie avant 6 600 av. J.C., puis de manière quasi-synchrone continue vers l'Europe. Les études suggèrent que ces populations constituées de chasseurs-cueilleurs ont adopté des pratiques d'agriculture et d'élevage à côté de pratiques traditionnelles de chasse et de cueillette. Les premiers Anatoliens du Néolithique central appartenaient au même pool génétique que les premiers migrants néolithiques se propageant en Europe<ref name="">{{article|langue=en | nom=Kılınç | prénom=Gülşah Merve | nom2=Omrak | prénom2=Ayça | nom3=Özer | prénom3=Füsun | nom4=Günther | prénom4=Torsten | nom5=Büyükkarakaya | prénom5=Ali Metin | nom6=Bıçakçı | prénom6=Erhan | nom7=Baird | prénom7=Douglas | nom8=Dönertaş | prénom8=Handan Melike | nom9=Ghalichi | prénom9=Ayshin | nom10=Yaka | prénom10=Reyhan | nom11=Koptekin | prénom11=Dilek | nom12=Açan | prénom12=Sinan Can | nom13=Parvizi | prénom13=Poorya | nom14=Krzewińska | prénom14=Maja | nom15=Daskalaki | prénom15=Evangelia A. | nom16=Yüncü | prénom16=Eren | nom17=Dağtaş | prénom17=Nihan Dilşad | nom18=Fairbairn | prénom18=Andrew | nom19=Pearson | prénom19=Jessica | nom20=Mustafaoğlu | prénom20=Gökhan | nom21=Erdal | prénom21=Yılmaz Selim | nom22=Çakan | prénom22=Yasin Gökhan | nom23=Togan | prénom23=İnci | nom24=Somel | prénom24=Mehmet | nom25=Storå | prénom25=Jan | nom26=Jakobsson | prénom26=Mattias | nom27=Götherström | prénom27=Anders | titre=The Demographic Development of the First Farmers in Anatolia |url=https://www.cell.com/current-biology/fulltext/S0960-9822%2816%2930850-8 | journal=Current Biology | périodique=Elsevier BV | volume=26 | numéro=19 | année=2016 | issn=0960-9822 | doi=10.1016/j.cub.2016.07.057 | pages=2659–2666}}</ref>.
Présent en Anatolie centrale vers 8 300 av. J.C., le Néolithique se diffuse vers l'Ouest atteignant les [[Mer Égée|côtes égéennes]] et le Nord-Ouest de l'Anatolie avant 6 600 av. J.C., puis de manière quasi synchrone continue vers l'Europe. Les études suggèrent que ces populations constituées de chasseurs-cueilleurs ont adopté des pratiques d'agriculture et d'élevage à côté de pratiques traditionnelles de chasse et de cueillette. Les premiers Anatoliens du Néolithique central appartenaient au même pool [[génétique]] que les premiers migrants néolithiques se propageant en Europe<ref>{{article|langue=en | nom=Kılınç | prénom=Gülşah Merve | nom2=Omrak | prénom2=Ayça | nom3=Özer | prénom3=Füsun | nom4=Günther | prénom4=Torsten | nom5=Büyükkarakaya | prénom5=Ali Metin | nom6=Bıçakçı | prénom6=Erhan | nom7=Baird | prénom7=Douglas | nom8=Dönertaş | prénom8=Handan Melike | nom9=Ghalichi | prénom9=Ayshin | nom10=Yaka | prénom10=Reyhan | nom11=Koptekin | prénom11=Dilek | nom12=Açan | prénom12=Sinan Can | nom13=Parvizi | prénom13=Poorya | nom14=Krzewińska | prénom14=Maja | nom15=Daskalaki | prénom15=Evangelia A. | nom16=Yüncü | prénom16=Eren | nom17=Dağtaş | prénom17=Nihan Dilşad | nom18=Fairbairn | prénom18=Andrew | nom19=Pearson | prénom19=Jessica | nom20=Mustafaoğlu | prénom20=Gökhan | nom21=Erdal | prénom21=Yılmaz Selim | nom22=Çakan | prénom22=Yasin Gökhan | nom23=Togan | prénom23=İnci | nom24=Somel | prénom24=Mehmet | nom25=Storå | prénom25=Jan | nom26=Jakobsson | prénom26=Mattias | nom27=Götherström | prénom27=Anders | titre=The Demographic Development of the First Farmers in Anatolia |url=https://www.cell.com/current-biology/fulltext/S0960-9822%2816%2930850-8 | journal=Current Biology | périodique=Elsevier BV | volume=26 | numéro=19 | année=2016 | issn=0960-9822 | doi=10.1016/j.cub.2016.07.057 | pages=2659–2666}}.</ref>.


Environ 6 500 ans {{avjc}}, les populations d'Anatolie et du [[Caucase]] du Sud ont commencé à se mélanger génétiquement, résultant en un mélange distinct qui s'est progressivement propagé dans toute la région, du centre de l'Anatolie au sud du Caucase et aux montagnes de [[Zagros]] dans le nord de l'Iran d'aujourd'hui<ref>{{en}} [https://www.shh.mpg.de/1707001/anatolian-dna Human Mobility and Western Asia’s Early State-Level Societies], shh.mpg.de, 28 mai 2020</ref>{{,}}<ref>{{en}} Eirini Skourtanioti et al., [https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(20)30509-2 Genomic History of Neolithic to Bronze Age Anatolia, Northern Levant, and Southern Caucasus], Cell, Volume 181, numéro 5, P1158-1175.E28, 28 mai 2020</ref>.
Environ 6 500 ans av. J.C., les populations d'Anatolie et du [[Caucase]] du Sud ont commencé à se mélanger génétiquement, résultant en un mélange distinct qui s'est progressivement propagé dans toute la région, du centre de l'Anatolie au sud du Caucase et aux montagnes de [[Zagros]] dans le nord de l'Iran d'aujourd'hui<ref>{{en}} [https://www.shh.mpg.de/1707001/anatolian-dna Human Mobility and Western Asia’s Early State-Level Societies], shh.mpg.de, 28 mai 2020</ref>{{,}}<ref>{{en}} Eirini Skourtanioti et al., [https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(20)30509-2 Genomic History of Neolithic to Bronze Age Anatolia, Northern Levant, and Southern Caucasus], Cell, Volume 181, numéro 5, P1158-1175.E28, 28 mai 2020.</ref>.


Parmi les sites [[néolithique]]s on peut citer [[Aşıklı Höyük]], [[Çatal Höyük]], [[Çayönü]], [[Körtik Tepe]], [[Nevalı Çori]], [[Hacılar]], [[Göbekli Tepe]] et [[Mersin]]. L'occupation du site mythique de [[Troie]], situé à l'ouest de l'Anatolie, débute aussi pendant le [[Néolithique]].
Parmi les sites [[néolithique]]s on peut citer [[Aşıklı Höyük]], [[Çatal Höyük]], [[Çayönü]], [[Körtik Tepe]], [[Nevalı Çori]], [[Hacılar]], [[Göbekli Tepe]] et [[Mersin]]. L'occupation du site mythique de [[Troie]], situé à l'ouest de l'Anatolie, débute aussi pendant le [[Néolithique]].


Les plus anciens habitants identifiés de l'Anatolie et de l'Asie Mineure paraissent avoir été de [[langues pré-indo-européennes]] comme les [[Gasgas]] ou les [[Hourrites]]. À ces populations mal connues vinrent se joindre de bonne heure, du côté du Nord-Est ou du Nord-Ouest, des peuples de [[Langues indo-européennes|langue indo-européenne]] comme les [[Hatti (peuple)|Hatti]], les [[Louvite]]s, les [[Hittites]], les [[Cimmériens]] ou les [[Phrygie]]ns, et du côté du Sud-Est des peuples [[Sémites|sémitiques]] tels les [[Phéniciens]] et les Syriens qui se mêlèrent à leurs devanciers. On discute l'appartenance des [[Cappadoce|Cappadociens]], des [[Cilicie]]ns, des [[Pamphylie|Pamphyles]], des [[Pisidie|Pisides]], des [[Paphlagonie|Paphlagones]], des [[Solymes]] et des [[Milyen]]s, les plus anciens habitants de la [[Lycie]], qui de toute manière subirent les influences de leurs voisins, qu’ils ont eux-mêmes influencés<ref>{{Ouvrage|langue = français|auteur1 = Philippe Le Bas|titre = Asie Mineure depuis les temps les plus anciens jusqu'à la bataille d'Ancyre, en 1402|lieu = Paris|éditeur = Firmin-Didot et cie|année = 1878|pages totales = 530|isbn = 1247774848|lire en ligne = |passage = }}.</ref>. Parmi les civilisations et les peuples qui ont vécu plus tard en Anatolie, il convient de citer les [[Arménie]]ns, les [[Grèce antique|Grecs]], les [[Perses]], les [[Galates]] ([[Celtes|peuple celte]]), les [[Rome antique|Romains]] (hellénisés et [[Christianisme|christianisés]] en [[Empire byzantin|Byzantins]]), et les [[empire ottoman|Ottomans]], sous le règne desquels la langue [[Turc|turque]] et l'[[islam]] finiront par devenir majoritaires. Ces peuples, d'origines ethniques et linguistiques très diverses, ont constitué le « ''mille-feuille historique'' » des Anatoliens, qui peuvent présenter aujourd'hui des apparences diverses, allant du blond le plus clair au brun fort cuivré, et qui, au fil des temps, ont parlé non seulement des [[langues indo-européennes]] et [[Langues sémitiques|sémitiques]], mais aussi [[Langues caucasiennes|caucasiennes]] comme le [[Lazes|laze]].
Les plus anciens habitants identifiés de l'Anatolie et de l'Asie Mineure paraissent avoir été de [[langues pré-indo-européennes]] comme les [[Gasgas]] ou les [[Hourrites]]. À ces populations mal connues vinrent se joindre de bonne heure, du côté du Nord-Est ou du Nord-Ouest, des peuples de [[Langues indo-européennes|langue indo-européenne]] comme les [[Hatti (peuple)|Hatti]], les [[Louvite]]s, les [[Hittites]], les [[Cimmériens]] ou les [[Phrygie]]ns, et du côté du Sud-Est des peuples [[Sémites|sémitiques]] tels les [[Phéniciens]] et les Syriens qui se mêlèrent à leurs devanciers. On discute l'appartenance des [[Cappadoce|Cappadociens]], des [[Cilicie]]ns, des [[Pamphylie|Pamphyles]], des [[Pisidie|Pisides]], des [[Paphlagonie|Paphlagones]], des [[Solymes]] et des [[Milyen]]s, les plus anciens habitants de la [[Lycie]], qui de toute manière subirent les influences de leurs voisins, qu’ils ont eux-mêmes influencés<ref>{{Ouvrage|langue=fr|auteur1=Philippe Le Bas|titre=Asie Mineure depuis les temps les plus anciens jusqu'à la bataille d'Ancyre, en 1402|lieu=Paris|éditeur=Firmin-Didot et cie|année=1878|pages totales=530|isbn=1-247-77484-8}}.</ref>. Parmi les civilisations et les peuples qui ont vécu plus tard en Anatolie, il convient de citer les [[Arméniens]], les [[Grèce antique|Grecs]], les [[Perses]], les [[Galates]] ([[Celtes|peuple celte]]), les [[Rome antique|Romains]] (hellénisés et [[Christianisme|christianisés]] en [[Empire byzantin|Byzantins]]), et les [[empire ottoman|Ottomans]], sous le règne desquels la langue [[Turc|turque]] et l'[[islam]] finiront par devenir majoritaires. Ces peuples, d'origines ethniques et linguistiques très diverses, ont constitué le « ''mille-feuille historique'' » des Anatoliens, qui peuvent présenter aujourd'hui des apparences diverses, allant du blond le plus clair au brun fort cuivré, et qui, au fil des temps, ont parlé non seulement des [[langues indo-européennes]] et [[Langues sémitiques|sémitiques]], mais aussi [[Langues caucasiennes|caucasiennes]] comme le [[Lazes|laze]].


Certains auteurs<ref>{{en}} John V. Day, ''Indo-European origins : the anthropological evidence'', The Institute for the Study of Man, Washington DC, 2001 {{ISBN|0-941694-75-5}}.</ref> ont proposé l'Anatolie comme foyer originel des langues indo-européennes ([[Hittite (langue)|hittite]] et [[louvite]]) et source de la diffusion de celles-ci. [[Colin Renfrew]] reviendra sur cette hypothèse quelques années plus tard<ref>{{lien web |langue=en |url=http://dienekes.awardspace.com/articles/ieorigins/ |titre=Indo-European in Southeast Europe |auteur1= Dienekes Pontikos |date= 2 mai 2008}}.</ref>.
Certains auteurs<ref>{{en}} John V. Day, ''Indo-European origins : the anthropological evidence'', The Institute for the Study of Man, Washington DC, 2001 {{ISBN|0-941694-75-5}}.</ref> ont proposé l'Anatolie comme foyer originel des langues indo-européennes ([[Hittite (langue)|hittite]] et [[louvite]]) et source de la diffusion de celles-ci. [[Colin Renfrew]] reviendra sur cette hypothèse quelques années plus tard<ref>{{lien web |langue=en |url=http://dienekes.awardspace.com/articles/ieorigins/ |titre=Indo-European in Southeast Europe |auteur1= Dienekes Pontikos |date= 2 mai 2008}}.</ref>.


La plus notable des civilisations qui s'y développa fut celle des [[Hittites]] (de [[-1900|1900]] à [[-1200|1200 {{av JC}}]]). Ce sont eux qui vont faire une découverte encore plus importante que le [[bronze]], l'[[étain]] et le [[plomb]] : en chauffant certaines ''pierres rouges'', ils vont découvrir le [[fer]], qui à l'usage se révélera plus dur que le bronze, et va le remplacer pour la confection d'[[arme]]s et d'[[outil]]s. Fondateurs du premier grand État centralisé d'Asie Mineure, les Hittites se partagèrent pendant un temps avec les [[Égypte antique|Égyptiens]] l'hégémonie du [[Proche-Orient]]. Durant quatre siècles, ils influencent la politique dans le monde méditerranéen. Spécialistes de l'art militaire, ces guerriers ont gravé dans la pierre la première langue indo-européenne. La porte royale de [[Hattusa]], capitale hittite (1500 {{av JC}}), était formée de grands blocs de pierre cyclopéens. Cette ville fut détruite par des envahisseurs identifiés par les [[Égypte antique|Égyptiens]] comme « les [[peuples de la mer]] », parmi lesquels on compte habituellement des populations de langue indo-européenne, dont les [[Lycie]]ns et les [[Philistins]].
La plus notable des civilisations qui s'y développèrent fut celle des [[Hittites]] au IIe millénaire av. J.-C. Ce sont eux qui vont faire une découverte encore plus importante que le [[bronze]], l'[[étain]] et le [[plomb]] : en chauffant certaines ''pierres rouges'', ils vont découvrir le [[fer]], qui à l'usage se révélera plus dur que le bronze, et va le remplacer pour la confection d'[[arme]]s et d'[[outil]]s. Fondateurs du premier grand État centralisé d'Asie Mineure, les Hittites se partagèrent pendant un temps avec les [[Égypte antique|Égyptiens]] l'hégémonie du [[Proche-Orient]]. Durant quatre siècles, ils influencent la politique dans le monde méditerranéen. Spécialistes de l'art militaire, ces guerriers ont gravé dans la pierre la première langue indo-européenne. La porte royale de [[Hattusa]], capitale hittite (1500 {{av JC}}), était formée de grands blocs de [[Mur cyclopéen|pierre cyclopéens.]] Cette ville fut détruite par des envahisseurs identifiés par les [[Égypte antique|Égyptiens]] comme « les [[peuples de la mer]] », parmi lesquels on compte habituellement des populations de langue indo-européenne, dont les [[Lycie]]ns et les [[Philistins]].


[[Fichier:Asia Minor in the Greco-Roman period - general map - regions and main settlements.jpg|300px|left|thumb|Régions et principales cités de l'Anatolie dans l'[[Antiquité classique]].]]
[[Fichier:Asia Minor in the Greco-Roman period - general map - regions and main settlements.jpg|300px|left|thumb|Régions et principales cités de l'Anatolie dans l'[[Antiquité classique]].]]
L'Anatolie orientale a été aussi historiquement peuplée en grand nombre par les [[Arméniens]] : certains pensent que ceux-ci seraient d'origine thraco-phrygienne et se seraient déplacés vers le centre de l'Anatolie, puis se seraient rapprochés du [[Caucase]] (l'Arménie historique, dont l'actuelle république arménienne ne représente qu'un dixième du territoire, s'est étendue de la [[Cilicie]] à la [[Mer Caspienne|Caspienne]]) à la charnière des {{-sp|VII|e|-|VI|e|s}}<ref>Claude Mutafian & Éric Van Lauwe, ''Atlas historique de l'Arménie'', collection Atlas/Mémoires et Annie et [[Jean-Pierre Mahé]], ''L'Arménie à l'épreuve des siècles'', éditions [[Gallimard]], collection « [[Découvertes Gallimard]] / Histoire » ([[Liste des volumes de « Découvertes Gallimard » (2e partie)|{{nº|464}}]]).</ref>
L'Anatolie orientale a été aussi historiquement peuplée en grand nombre par les [[Arméniens]] : certains pensent que ceux-ci seraient d'origine thraco-phrygienne et se seraient déplacés vers le centre de l'Anatolie, puis se seraient rapprochés du [[Caucase]] (l'Arménie historique, dont l'actuelle république arménienne ne représente qu'un dixième du territoire, s'est étendue de la [[Cilicie]] à la [[Mer Caspienne|Caspienne]]) à la charnière des {{-sp|VII|e|-|VI|e|s}}<ref>[[Claude Mutafian]] & Éric Van Lauwe, ''Atlas historique de l'Arménie'', collection Atlas/Mémoires et Annie et [[Jean-Pierre Mahé]], ''L'Arménie à l'épreuve des siècles'', éditions [[Gallimard]], collection « [[Découvertes Gallimard]] / Histoire » ([[Liste des volumes de « Découvertes Gallimard » (2e partie)|{{nº|464}}]]).</ref>


L'Anatolie occidentale a vu fleurir les civilisations de [[Troie]] du {{-sp|XV|au|X}}, de [[Lydie]] (du {{-sp|X|au|VI}}), des colonies grecques qui s'étaient établies en [[Ionie]], [[Éolide]] et [[Doride]], et des royaumes en [[Bithynie]], [[Paphlagonie]], et dans les régions du [[royaume du Pont|Pont]] et de [[Cappadoce]], qui, après avoir été longtemps indépendants, furent tous réunis à la [[Perse]] ([[-548|548 {{av JC}}]]).
L'Anatolie occidentale a vu fleurir les civilisations de [[Troie]] du {{-sp|XV|au|X}}, de [[Lydie]] (du {{-sp|X|au|VI}}), des colonies grecques qui s'étaient établies en [[Ionie]], [[Éolide]] et [[Doride (Anatolie)|Doride]], et des royaumes en [[Bithynie]], [[Paphlagonie]], et dans les régions du [[royaume du Pont|Pont]] et de [[Cappadoce]], qui, après avoir été longtemps indépendants, furent tous réunis à la [[empire perse|Perse]] ([[-548|548 {{av JC}}]]).


Sous la domination perse, l'Asie Mineure forma parfois une seule [[Satrape|satrapie]] et une sorte d'[[apanage]], notamment sous [[Artaxerxès II]] ([[-404|404]] à [[-401|401 {{av JC}}]]), qui la donna à son frère [[Cyrus le Jeune]]
Sous la domination perse, l'Asie Mineure forma parfois une seule [[Satrape|satrapie]] et une sorte d'[[apanage]], notamment sous [[Artaxerxès II]] ([[-404|404]] à [[-401|401 {{av JC}}]]), qui la donna à son frère [[Cyrus le Jeune]].


Conquise par [[Alexandre le Grand]], elle échut après sa mort à [[Antigone le Borgne]] et, après la mort de ce dernier, elle passa aux [[Séleucides]]. L'autorité de ceux-ci déclinant, il s'y forma bientôt plusieurs royaumes [[Civilisation hellénistique|hellénistiques]] indépendants : [[royaume du Pont|Pont]], [[Cappadoce]], [[Bithynie]], [[Pergame]], [[Galatie]], [[Paphlagonie]]… Ces royaumes subsistèrent jusqu'à la conquête de l'Asie Mineure par les [[Rome antique|Romains]] (qui y pénétrèrent pour la première fois en l'an [[-189|189 avant notre ère]], au titre d'héritiers des rois de Pergame, et achevèrent leur conquête au {{Ier siècle}} de notre ère). L'Anatolie fut la partie de l'Empire Romain la plus intensément christianisée, dès le {{IVe siècle}}. À cette même époque, lors du partage de l'Empire, elle se retrouva dans l'[[Empire byzantin]], formant le diocèse d'Asie, et la plus grande partie des diocèses du Pont et d'Orient.
Conquise par [[Alexandre le Grand]], elle échut après sa mort à [[Antigone le Borgne]] et, après la mort de ce dernier, passa aux [[Séleucides]]. L'autorité de ceux-ci déclinant, il s'y forma bientôt plusieurs royaumes [[Civilisation hellénistique|hellénistiques]] indépendants : [[royaume du Pont|Pont]], [[Cappadoce]], [[Bithynie]], [[Pergame]], [[Galatie]], [[Paphlagonie]]… Ces royaumes subsistèrent jusqu'à la conquête de l'Asie Mineure par les [[Rome antique|Romains]] (qui y pénétrèrent pour la première fois en l'an [[-189|189 avant notre ère]] et achevèrent leur conquête au {{Ier siècle}} de notre ère). L'Anatolie fut la partie de l'[[Empire romain]] la plus intensément christianisée, dès le {{IVe siècle}}. À cette même époque, lors du partage de l'Empire, elle se retrouva dans l'[[Empire byzantin]], formant le diocèse d'Asie, et la plus grande partie des diocèses du Pont et d'Orient.


=== Moyen Âge et époque moderne ===
=== Moyen Âge et époque moderne ===
Alors que les [[calife]]s, au {{VIIe siècle}}, s'étaient emparés de l'Arménie et du sud-est de la Turquie, les [[Empire byzantin|gréco-romains]] dits « byzantins »<ref>Les Gréco-Romains de l'[[Empire byzantin|Empire romain d'Orient]] ne sont dits « Byzantins » que depuis le {{XVIe siècle}} : c'est un nom qui leur a été donné par l'historien allemand [[Hieronymus Wolf]], mais eux-mêmes se sont toujours désignés comme « Romains » et c'est pourquoi les Turcs les appellent « ''Rum'' » d'où vient le mot « ''Roumis'' ».</ref> leur résistèrent en Anatolie ; plus tard, au {{XIe siècle}}, les [[Seldjoukides]] réussirent à s'y établir et y fondèrent le [[sultanat de Roum]] (« pays des Romains ») ou d'[[Konya|Ikonion]] (Konya), ne laissant aux empereurs byzantins que le tiers nord-ouest du pays. Après que la [[quatrième croisade]] se fut emparée de [[Constantinople]] en [[1204]], les Byzantins formèrent les deux empires de [[Nicée]] et de [[Trébizonde]].
Alors que les [[calife]]s, au {{VIIe siècle}}, s'étaient emparés de l'Arménie et du sud-est de l'actuelle Turquie, les [[Empire byzantin|gréco-romains]] dits « byzantins »<ref>Les Gréco-Romains de l'[[Empire byzantin|Empire romain d'Orient]] ne sont dits « Byzantins » que depuis le {{XVIe siècle}} : c'est un nom qui leur a été donné par l'historien allemand [[Hieronymus Wolf]], mais eux-mêmes se sont toujours désignés comme « Romains » et c'est pourquoi les Turcs les appellent « ''Rum'' » d'où vient le mot « ''Roumis'' ».</ref> leur résistèrent en Anatolie ; plus tard, au {{XIe siècle}}, les [[Seldjoukides]] réussirent à s'y établir et y fondèrent le [[sultanat de Roum]] (« pays des Romains ») ou d'[[Konya|Ikonion]] (Konya), ne laissant aux empereurs byzantins que le tiers nord-ouest du pays. Après que la [[quatrième croisade]] se fut emparée de [[Constantinople]] en [[1204]], les Byzantins formèrent les deux empires de [[Nicée]] et de [[Trébizonde]].


À la chute des Seldjoukides, dix petites principautés turques s'établirent à leur place : l'une d'elles, celle d'Ertogrul, est à l'origine de l'émirat d'Osman, qui s'établit sur les rives sud de la mer de Marmara, en face de Constantinople. Les descendants d'Osman prirent le nom d'[[Empire ottoman|Ottomans]] : ce fut le cas de l'émir [[Orhan]], qui en [[1332]] prit pied en [[Europe]], à [[Gelibolu|Gallipoli]]. Enfin de [[1381]] à [[1387]], [[Mourad Ier|Mourad {{Ier}}]], fils d'Orhan, soumit toute l'Asie Mineure, inaugurant ainsi l'[[Empire ottoman]], qui dura jusqu'au [[traité de Sèvres]] en [[1920]]. Au sein de celui-ci, les non-musulmans devaient payer un impôt supplémentaire, le ''[[Kharâj]]'', et subir l'[[Devchirmé|enlèvement des garçons]] pour le corps des [[janissaires]] : pour y échapper, la majorité de la population anatolienne passa progressivement à l'[[islam]] et à la [[Turc|langue turque]].
À la chute des Seldjoukides, dix petites principautés turques s'établirent à leur place : l'une d'elles, celle d'Ertogrul, est à l'origine de l'émirat d'Osman, qui s'établit sur les rives sud de la mer de Marmara, en face de Constantinople. Les descendants d'Osman prirent le nom d'[[Empire ottoman|Ottomans]] : ce fut le cas de l'émir [[Orhan]], qui en [[1332]] prit pied en [[Europe]], à [[Gelibolu|Gallipoli]]. Enfin de [[1381]] à [[1387]], [[Mourad Ier|Mourad {{Ier}}]], fils d'Orhan, soumit toute l'Asie Mineure, inaugurant ainsi l'[[Empire ottoman]], qui dura jusqu'au [[traité de Sèvres]] en [[1920]]. Au sein de celui-ci, les non-musulmans devaient payer un impôt supplémentaire, le ''[[Kharâj]]'', et subir l'[[Devchirmé|enlèvement des garçons]] pour le corps des [[janissaires]] : pour y échapper, la majorité de la population anatolienne passa progressivement à l'[[islam]] et à la [[Turc|langue turque]].


L'établissement des [[Musulman|musulmans]] en Anatolie attire des immigrants [[Musulman|musulmans]] venant de tout le [[Moyen-Orient|Moyen Orient]], attirés, entre autres, par la pratique d'un [[islam]] réputé plus souple, moins orthodoxe, par les [[Turcs (peuple)|turcs]] (exemple: [[Djalâl ad-Dîn Rûmî]] ([[persan]] : جلال‌الدین)). On regroupe les populations [[Musulman|musulmanes]] [[Turcs (peuple)|turques]] et non-[[Turcs (peuple)|turques]] sous l'appellation ''rūmi''<ref>{{Ouvrage|langue=en|prénom1=Julia|nom1=Bailey|prénom2=Sibel|nom2=Bozdoğan|prénom3=Gülru|nom3=Necipoğlu|titre=History and Ideology: Architectural Heritage of the "Lands of Rum"|passage=7-25|éditeur=BRILL|date=2007|isbn=978-90-04-16320-1|lire en ligne=https://books.google.fr/books?id=DBbgOTsAHQ8C&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=twopage&q&f=true|consulté le=2022-01-18}}</ref>.
L’[[Empire ottoman]] était multi-ethnique (système des [[Millet (Empire ottoman)|millets]]), mais durant la [[Première Guerre mondiale]], le gouvernement [[Jeunes-Turcs]] ordonna de [[Génocide arménien|déporter et massacrer méthodiquement]] les deux tiers des Arméniens d'Anatolie et du [[haut-plateau arménien]], soupçonnés de sympathie envers les [[Alliés de la Première Guerre mondiale|Alliés]], dans les déserts de [[Syrie]] et de [[Mésopotamie]] en [[1915]] et [[1916]], avec un bilan estimé de {{formatnum:1200000}} morts<ref>{{Ref-Ternon-ArmeniensGenocide-2006}}.</ref> : ce génocide est considéré en Europe comme le premier du {{XXe siècle}}. Selon les statistiques officielles du [[patriarcat œcuménique de Constantinople]], {{formatnum:750000}} Grecs {{Incise|principalement des côtes de la [[Mer de Marmara|Propontide]]}} furent également déportés, de [[1913]] à [[1918]], vers l'intérieur du pays dans des camps de travail forcé appelés ''Amele taburu'' : {{formatnum:250000}} personnes y meurent<ref>{{en}} {{Lien web|url=http://www.ime.gr/chronos/13/en/foreign_policy/choros/06.html|titre=Foreign policy (1897-1922)|année=2007|éditeur=Foundation of the Hellenic World|consulté le={{1er}} novembre 2009}}.</ref>. Après une courte [[Occupation de Smyrne par la Grèce|occupation]] par la [[Grèce]] de la région de [[Izmir|Smyrne]] entre [[1919]] et [[1922]], la totalité de l'Asie Mineure est attribuée à la [[Turquie|république de Turquie]] en [[1923]]. La [[micrasiates|population considérée comme grecque]] et qui n'avait pas déjà émigré (ou péri) est alors expulsée ([[Grande catastrophe|Grande Catastrophe]]), à l'exception d'environ {{formatnum:350000}} personnes de la [[Pont (région)|région du Pont]], qui passent à l'islam et adoptent progressivement la langue turque<ref>{{ouvrage|langue=tr |prénom1=Ömer |nom1=Asan |titre=Pontos Kültürü |année=1996 |isbn=978-9753442206 |éditeur=Belge Yayınları}}.</ref>.


L’[[Empire ottoman]] était [[multiethnique]] (système des [[Millet (Empire ottoman)|millets]]), mais durant la [[Première Guerre mondiale]], le gouvernement [[Jeunes-Turcs]] ordonna de [[Génocide arménien|déporter et massacrer méthodiquement]] les deux tiers des Arméniens d'Anatolie et du [[haut-plateau arménien]], soupçonnés de sympathie envers les [[Alliés de la Première Guerre mondiale|Alliés]], dans les déserts de [[Syrie]] et de [[Mésopotamie]] en [[1915]] et [[1916]], avec un bilan estimé de {{nombre|1200000|morts}}<ref>{{Ref-Ternon-ArmeniensGenocide-2006}}.</ref> : ce génocide est considéré en Europe comme le premier du {{XXe siècle}}. Selon les statistiques officielles du [[patriarcat œcuménique de Constantinople]], {{formatnum:750000}} Grecs {{Incise|principalement des côtes de la [[Mer de Marmara|Propontide]]}} furent également déportés, de [[1913]] à [[1918]], vers l'intérieur du pays dans des camps de travail forcé appelés ''Amele taburu'' : {{nombre|250000|personnes}} y meurent<ref>{{Lien web|langue=en|url=http://www.ime.gr/chronos/13/en/foreign_policy/choros/06.html|titre=Foreign policy (1897-1922)|année=2007|éditeur=Foundation of the Hellenic World|consulté le=01-11-2009}}.</ref>. Après une courte [[Occupation de Smyrne par la Grèce|occupation]] par la [[Grèce]] de la région de [[Izmir|Smyrne]] entre [[1919]] et [[1922]], la totalité de l'Asie Mineure est attribuée à la [[Turquie|république de Turquie]] en [[1923]]. La [[micrasiates|population considérée comme grecque]] et qui n'avait pas déjà émigré (ou péri) est alors expulsée ([[Grande catastrophe|Grande Catastrophe]]), à l'exception d'environ {{nombre|350000|personnes}} de la [[Pont (région)|région du Pont]], qui passent à l'islam et adoptent progressivement la langue turque<ref>{{Ouvrage|langue=tr|prénom1=Ömer|nom1=Asan|titre=Pontos Kültürü|éditeur=Belge Yayınları|année=1996|pages totales=423|isbn=978-975-344-220-6}}.</ref>.
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La [[Turquie|république de Turquie]] naît de ces convulsions, et de la crainte des Turcs, à la suite de la défaite en [[1918]] de l'Empire ottoman, d'être colonisés par les [[Alliés de la Première Guerre mondiale|grandes puissances chrétiennes]], qui se sont déjà [[Accords Sykes-Picot|partagé le Proche-Orient]]. Le statut de « sauveur de la nation » de [[Mustafa Kemal Atatürk|Mustafa Kemal Pacha]] lui permet de promulguer la première constitution [[Laïcité|laïque]] d'un État musulman, accordant le droit de vote aux femmes, de [[Alphabet latin|romaniser l'écriture]] et de rendre l'instruction publique obligatoire.


[[Fichier:AsiaMinor1910-SVG.svg|thumb|left|250px|Les langues parlées en Anatolie en [[1910]].]]
Aujourd’hui 98 % des Anatoliens sont musulmans (si 20% de la population alévite / kizilbas est considérée comme musulmane). Une grande partie d'entre eux parlent le [[turc]] ; une importante communauté [[Kurdes|kurde]], majoritaire dans le Sud-Est de la région, près des frontières avec l’[[Iran]] et l’[[Irak]], parle le [[kurde]].
La [[Turquie|république de Turquie]] naît de ces convulsions, et de la crainte des Turcs, à la suite de la défaite en [[1918]] de l'Empire ottoman, d'être colonisés par les [[Alliés de la Première Guerre mondiale|grandes puissances chrétiennes]], qui se sont déjà [[Accords Sykes-Picot|partagé le Proche-Orient]]. Le statut de « sauveur de la nation » de [[Mustafa Kemal Atatürk|Mustafa Kemal Pacha]] lui permet de promulguer la première constitution [[Laïcité|laïque]] d'un État musulman, accordant le droit de vote aux femmes, de [[Alphabet latin|romaniser l'écriture]] et de rendre l'instruction publique obligatoire.

Aujourd’hui 98 % des Anatoliens sont musulmans (si 20 % de la population alévite / kizilbas est considérée comme musulmane). Une grande partie d'entre eux parlent le [[turc]] ; une importante communauté [[Kurdes|kurde]], majoritaire dans le sud-est de la région, près des frontières avec l’[[Iran]] et l’[[Irak]], parle le [[kurde]].
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Anatolie
Limites de l'Anatolie.
Limites de l'Anatolie.
Localisation
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Régions Celles situées entre l'Égée et l'ouest d'une ligne Çoruh-Oronte
Coordonnées 39° nord, 34° est
Mers Méditerranée, Marmara et Noire
Géographie
Superficie 520 000 km2de l'Égée à une ligne Çoruh-Oronte
Longueur 1 500 km
Largeur 800 kmde Sinope à Adana
Altitude 3 932 mpoint culminant : Kaçkar Daği

L'Anatolie ou Asie Mineure (en turc : Anadolu ; en grec ancien : Ανατολία / Anatolía ; en arménien : Անատոլիա / Anatolia) est un vaste bloc de territoires situé à l'extrémité occidentale de l'Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres placées à l'ouest d'une ligne Tchorokhi-Oronte, qui va de la Méditerranée à la mer Noire, et est séparée de l'Europe au nord-ouest par la mer de Marmara.

Dans le sens politique, au Moyen Âge l'Anatolie désignait l'Asie mineure à l'ouest des Arménies ; au sens moderne donné par les autorités turques, elle désigne toute la partie asiatique de la Turquie (97 % du territoire du pays, les 3 % restants étant situés en Europe, en Thrace orientale).

Noms[modifier | modifier le code]

Le nom « Anatolie » vient du grec ancien ἀνατολή / anatolḗ, qui signifie « Orient » ou littéralement « lever (de soleil) »[1]. Pour la désigner, le terme d'« Asie Mineure » (en latin : Asia Minor) est encore très utilisé de nos jours, bien que la province romaine de ce nom n'ait occupé en fait que le tiers occidental de l'Anatolie.

Géologie[modifier | modifier le code]

Carte géologique de l'Anatolie.

À l'Éocène inférieur et moyen, l'Anatolie et les Balkans forment un archipel ou un continent insulaire appelé Balkanatolia (ou Balkanatolie), séparé du reste de l'actuelle Eurasie et peuplé d'une faune terrestre endémique (notamment des afrothériens et des métathériens d'origine gondwanienne)[2].

La péninsule anatolienne se constitue à partir ces petits boucliers, anciennes îles de la mer Téthys, qui sont comprimés lors de l'orogenèse alpine entre des sédiments marins soulevés et plissés. Cette histoire géologique a formé un vaste plateau central, entouré de chaînes plus élevées, les Taurus et les Pontiques. Le tout est ponctué de volcans situés le long des principales failles, tel le mont Argée. Ces failles sont toujours actives, ce qui fait de l'Anatolie une terre sismique.

Histoire de l'Anatolie[modifier | modifier le code]

Origine et Antiquité[modifier | modifier le code]

L'Anatolie a vu s'épanouir plusieurs civilisations, dès la Préhistoire. Le Néolithique émerge dans les populations de chasseurs-cueilleurs locales de l'Anatolie centrale sans que l'on puisse démontrer une influence externe[3]. Le Néolithique en Anatolie s'étend entre 9500 et 6000 av. J.C.

Présent en Anatolie centrale vers 8 300 av. J.C., le Néolithique se diffuse vers l'Ouest atteignant les côtes égéennes et le Nord-Ouest de l'Anatolie avant 6 600 av. J.C., puis de manière quasi synchrone continue vers l'Europe. Les études suggèrent que ces populations constituées de chasseurs-cueilleurs ont adopté des pratiques d'agriculture et d'élevage à côté de pratiques traditionnelles de chasse et de cueillette. Les premiers Anatoliens du Néolithique central appartenaient au même pool génétique que les premiers migrants néolithiques se propageant en Europe[4].

Environ 6 500 ans av. J.C., les populations d'Anatolie et du Caucase du Sud ont commencé à se mélanger génétiquement, résultant en un mélange distinct qui s'est progressivement propagé dans toute la région, du centre de l'Anatolie au sud du Caucase et aux montagnes de Zagros dans le nord de l'Iran d'aujourd'hui[5],[6].

Parmi les sites néolithiques on peut citer Aşıklı Höyük, Çatal Höyük, Çayönü, Körtik Tepe, Nevalı Çori, Hacılar, Göbekli Tepe et Mersin. L'occupation du site mythique de Troie, situé à l'ouest de l'Anatolie, débute aussi pendant le Néolithique.

Les plus anciens habitants identifiés de l'Anatolie et de l'Asie Mineure paraissent avoir été de langues pré-indo-européennes comme les Gasgas ou les Hourrites. À ces populations mal connues vinrent se joindre de bonne heure, du côté du Nord-Est ou du Nord-Ouest, des peuples de langue indo-européenne comme les Hatti, les Louvites, les Hittites, les Cimmériens ou les Phrygiens, et du côté du Sud-Est des peuples sémitiques tels les Phéniciens et les Syriens qui se mêlèrent à leurs devanciers. On discute l'appartenance des Cappadociens, des Ciliciens, des Pamphyles, des Pisides, des Paphlagones, des Solymes et des Milyens, les plus anciens habitants de la Lycie, qui de toute manière subirent les influences de leurs voisins, qu’ils ont eux-mêmes influencés[7]. Parmi les civilisations et les peuples qui ont vécu plus tard en Anatolie, il convient de citer les Arméniens, les Grecs, les Perses, les Galates (peuple celte), les Romains (hellénisés et christianisés en Byzantins), et les Ottomans, sous le règne desquels la langue turque et l'islam finiront par devenir majoritaires. Ces peuples, d'origines ethniques et linguistiques très diverses, ont constitué le « mille-feuille historique » des Anatoliens, qui peuvent présenter aujourd'hui des apparences diverses, allant du blond le plus clair au brun fort cuivré, et qui, au fil des temps, ont parlé non seulement des langues indo-européennes et sémitiques, mais aussi caucasiennes comme le laze.

Certains auteurs[8] ont proposé l'Anatolie comme foyer originel des langues indo-européennes (hittite et louvite) et source de la diffusion de celles-ci. Colin Renfrew reviendra sur cette hypothèse quelques années plus tard[9].

La plus notable des civilisations qui s'y développèrent fut celle des Hittites au IIe millénaire av. J.-C. Ce sont eux qui vont faire une découverte encore plus importante que le bronze, l'étain et le plomb : en chauffant certaines pierres rouges, ils vont découvrir le fer, qui à l'usage se révélera plus dur que le bronze, et va le remplacer pour la confection d'armes et d'outils. Fondateurs du premier grand État centralisé d'Asie Mineure, les Hittites se partagèrent pendant un temps avec les Égyptiens l'hégémonie du Proche-Orient. Durant quatre siècles, ils influencent la politique dans le monde méditerranéen. Spécialistes de l'art militaire, ces guerriers ont gravé dans la pierre la première langue indo-européenne. La porte royale de Hattusa, capitale hittite (1500 av. J.-C.), était formée de grands blocs de pierre cyclopéens. Cette ville fut détruite par des envahisseurs identifiés par les Égyptiens comme « les peuples de la mer », parmi lesquels on compte habituellement des populations de langue indo-européenne, dont les Lyciens et les Philistins.

Régions et principales cités de l'Anatolie dans l'Antiquité classique.

L'Anatolie orientale a été aussi historiquement peuplée en grand nombre par les Arméniens : certains pensent que ceux-ci seraient d'origine thraco-phrygienne et se seraient déplacés vers le centre de l'Anatolie, puis se seraient rapprochés du Caucase (l'Arménie historique, dont l'actuelle république arménienne ne représente qu'un dixième du territoire, s'est étendue de la Cilicie à la Caspienne) à la charnière des VIIe – VIe siècles av. J.-C.[10]

L'Anatolie occidentale a vu fleurir les civilisations de Troie du XVe au Xe siècle av. J.-C., de Lydie (du Xe au VIe siècle av. J.-C.), des colonies grecques qui s'étaient établies en Ionie, Éolide et Doride, et des royaumes en Bithynie, Paphlagonie, et dans les régions du Pont et de Cappadoce, qui, après avoir été longtemps indépendants, furent tous réunis à la Perse (548 av. J.-C.).

Sous la domination perse, l'Asie Mineure forma parfois une seule satrapie et une sorte d'apanage, notamment sous Artaxerxès II (404 à 401 av. J.-C.), qui la donna à son frère Cyrus le Jeune.

Conquise par Alexandre le Grand, elle échut après sa mort à Antigone le Borgne et, après la mort de ce dernier, passa aux Séleucides. L'autorité de ceux-ci déclinant, il s'y forma bientôt plusieurs royaumes hellénistiques indépendants : Pont, Cappadoce, Bithynie, Pergame, Galatie, Paphlagonie… Ces royaumes subsistèrent jusqu'à la conquête de l'Asie Mineure par les Romains (qui y pénétrèrent pour la première fois en l'an 189 avant notre ère et achevèrent leur conquête au Ier siècle de notre ère). L'Anatolie fut la partie de l'Empire romain la plus intensément christianisée, dès le IVe siècle. À cette même époque, lors du partage de l'Empire, elle se retrouva dans l'Empire byzantin, formant le diocèse d'Asie, et la plus grande partie des diocèses du Pont et d'Orient.

Moyen Âge et époque moderne[modifier | modifier le code]

Alors que les califes, au VIIe siècle, s'étaient emparés de l'Arménie et du sud-est de l'actuelle Turquie, les gréco-romains dits « byzantins »[11] leur résistèrent en Anatolie ; plus tard, au XIe siècle, les Seldjoukides réussirent à s'y établir et y fondèrent le sultanat de Roum (« pays des Romains ») ou d'Ikonion (Konya), ne laissant aux empereurs byzantins que le tiers nord-ouest du pays. Après que la quatrième croisade se fut emparée de Constantinople en 1204, les Byzantins formèrent les deux empires de Nicée et de Trébizonde.

À la chute des Seldjoukides, dix petites principautés turques s'établirent à leur place : l'une d'elles, celle d'Ertogrul, est à l'origine de l'émirat d'Osman, qui s'établit sur les rives sud de la mer de Marmara, en face de Constantinople. Les descendants d'Osman prirent le nom d'Ottomans : ce fut le cas de l'émir Orhan, qui en 1332 prit pied en Europe, à Gallipoli. Enfin de 1381 à 1387, Mourad Ier, fils d'Orhan, soumit toute l'Asie Mineure, inaugurant ainsi l'Empire ottoman, qui dura jusqu'au traité de Sèvres en 1920. Au sein de celui-ci, les non-musulmans devaient payer un impôt supplémentaire, le Kharâj, et subir l'enlèvement des garçons pour le corps des janissaires : pour y échapper, la majorité de la population anatolienne passa progressivement à l'islam et à la langue turque.

L'établissement des musulmans en Anatolie attire des immigrants musulmans venant de tout le Moyen Orient, attirés, entre autres, par la pratique d'un islam réputé plus souple, moins orthodoxe, par les turcs (exemple: Djalâl ad-Dîn Rûmî (persan : جلال‌الدین)). On regroupe les populations musulmanes turques et non-turques sous l'appellation rūmi[12].

L’Empire ottoman était multiethnique (système des millets), mais durant la Première Guerre mondiale, le gouvernement Jeunes-Turcs ordonna de déporter et massacrer méthodiquement les deux tiers des Arméniens d'Anatolie et du haut-plateau arménien, soupçonnés de sympathie envers les Alliés, dans les déserts de Syrie et de Mésopotamie en 1915 et 1916, avec un bilan estimé de 1 200 000 morts[13] : ce génocide est considéré en Europe comme le premier du XXe siècle. Selon les statistiques officielles du patriarcat œcuménique de Constantinople, 750 000 Grecs — principalement des côtes de la Propontide — furent également déportés, de 1913 à 1918, vers l'intérieur du pays dans des camps de travail forcé appelés Amele taburu : 250 000 personnes y meurent[14]. Après une courte occupation par la Grèce de la région de Smyrne entre 1919 et 1922, la totalité de l'Asie Mineure est attribuée à la république de Turquie en 1923. La population considérée comme grecque et qui n'avait pas déjà émigré (ou péri) est alors expulsée (Grande Catastrophe), à l'exception d'environ 350 000 personnes de la région du Pont, qui passent à l'islam et adoptent progressivement la langue turque[15].

Les langues parlées en Anatolie en 1910.

La république de Turquie naît de ces convulsions, et de la crainte des Turcs, à la suite de la défaite en 1918 de l'Empire ottoman, d'être colonisés par les grandes puissances chrétiennes, qui se sont déjà partagé le Proche-Orient. Le statut de « sauveur de la nation » de Mustafa Kemal Pacha lui permet de promulguer la première constitution laïque d'un État musulman, accordant le droit de vote aux femmes, de romaniser l'écriture et de rendre l'instruction publique obligatoire.

Aujourd’hui 98 % des Anatoliens sont musulmans (si 20 % de la population alévite / kizilbas est considérée comme musulmane). Une grande partie d'entre eux parlent le turc ; une importante communauté kurde, majoritaire dans le sud-est de la région, près des frontières avec l’Iran et l’Irak, parle le kurde.

L'Asie Mineure[modifier | modifier le code]

Sous l'Antiquité romaine, le nom d'Asie Mineure était donné à la partie occidentale de l'Anatolie, mais par la suite et par extension il a désigné, surtout en grec et dans les textes traduits du grec, tout le bloc anatolien, dont le rivage occidental était occupé par des colonies grecques : Éoliens au nord, Ioniens au centre (Lydie) et Doriens au sud. Ces colons y avaient fondé des villes qui se distinguaient par la richesse, la puissance et en matière de civilisation, et concurrençaient celles de la Grèce continentale, et devinrent elles-mêmes métropoles d'autres colonies autour de la Méditerranée et de la mer Noire elles étaient Éphèse, Phocée (métropole de Massalia), Milet, Smyrne, Halicarnasse, Lampsaque et Cnide. Sur cette côte occidentale, l'hellénisme s'est maintenu jusqu'en 1923 et n'a été éradiqué qu'à la suite d'une guerre moderne.

Les autres villes importantes étaient :

Les îles principales qui en dépendaient sont celles de Lesbos, Chios, Kos, Samos, Rhodes, sur la côte occidentale, Chypre au sud, et on notera que sur la côte sud de la Turquie, certains sites archéologiques ne sont accessibles que par la mer (notamment la crique de Kekova).

L'Asie Mineure a été décrite par Strabon (58 av. J.-C.-vers 21-25 ap. J.-C.) dans les livres XI à XIV de sa Géographie : voir liste des noms latins des villes d'Anatolie.

Langage écrit[modifier | modifier le code]

Si la Mésopotamie fut le berceau de l'écriture, les civilisations anatoliennes jouèrent un rôle déterminant dans l'évolution du langage écrit. Ce fut d'abord le long règne du cunéiforme, de style assyrien (signes gravés, de la forme d'un coin), puis s'imposèrent un temps les hiéroglyphes, signes figuratifs ou idéographiques. Les Hittites maîtrisèrent ces deux modes de graphisme. Mais l'alphabet grec fut très tôt adopté dans les royaumes de l'Asie Mineure antique. Il servira aussi à noter les premiers textes en langue turque, puis l'Empire ottoman utilisa l'alphabet arabe pour écrire le turc. À la révolution turque, dans une volonté de modernité, il fut décidé d'utiliser l'alphabet latin, permettant d'établir une transcription totalement phonétique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire des noms de lieux, Le Robert, 1994 (ISBN 285036195X).
  2. Alexis Licht, Grégoire Métais, Pauline Coster, Deniz İbilioğlu, Faruk Ocakoğlu et al., « Balkanatolia: The insular mammalian biogeographic province that partly paved the way to the Grande Coupure », Earth-Science Reviews (en), vol. 226,‎ , article no 103929 (DOI 10.1016/j.earscirev.2022.103929).
  3. (en) Maciej Chyleński, Edvard Ehler, Mehmet Somel, Reyhan Yaka, Maja Krzewińska, Mirosława Dabert, Anna Juras et Arkadiusz Marciniak, « Ancient Mitochondrial Genomes Reveal the Absence of Maternal Kinship in the Burials of Çatalhöyük People and Their Genetic Affinities », MDPI AG, vol. 10, no 3,‎ , p. 207 (ISSN 2073-4425, DOI 10.3390/genes10030207, lire en ligne).
  4. (en) Gülşah Merve Kılınç, Ayça Omrak, Füsun Özer, Torsten Günther, Ali Metin Büyükkarakaya, Erhan Bıçakçı, Douglas Baird, Handan Melike Dönertaş, Ayshin Ghalichi, Reyhan Yaka, Dilek Koptekin, Sinan Can Açan, Poorya Parvizi, Maja Krzewińska, Evangelia A. Daskalaki, Eren Yüncü, Nihan Dilşad Dağtaş, Andrew Fairbairn, Jessica Pearson, Gökhan Mustafaoğlu, Yılmaz Selim Erdal, Yasin Gökhan Çakan, İnci Togan, Mehmet Somel, Jan Storå, Mattias Jakobsson et Anders Götherström, « The Demographic Development of the First Farmers in Anatolia », Elsevier BV, vol. 26, no 19,‎ , p. 2659–2666 (ISSN 0960-9822, DOI 10.1016/j.cub.2016.07.057, lire en ligne).
  5. (en) Human Mobility and Western Asia’s Early State-Level Societies, shh.mpg.de, 28 mai 2020
  6. (en) Eirini Skourtanioti et al., Genomic History of Neolithic to Bronze Age Anatolia, Northern Levant, and Southern Caucasus, Cell, Volume 181, numéro 5, P1158-1175.E28, 28 mai 2020.
  7. Philippe Le Bas, Asie Mineure depuis les temps les plus anciens jusqu'à la bataille d'Ancyre, en 1402, Paris, Firmin-Didot et cie, , 530 p. (ISBN 1-247-77484-8).
  8. (en) John V. Day, Indo-European origins : the anthropological evidence, The Institute for the Study of Man, Washington DC, 2001 (ISBN 0-941694-75-5).
  9. (en) Dienekes Pontikos, « Indo-European in Southeast Europe », .
  10. Claude Mutafian & Éric Van Lauwe, Atlas historique de l'Arménie, collection Atlas/Mémoires et Annie et Jean-Pierre Mahé, L'Arménie à l'épreuve des siècles, éditions Gallimard, collection « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 464).
  11. Les Gréco-Romains de l'Empire romain d'Orient ne sont dits « Byzantins » que depuis le XVIe siècle : c'est un nom qui leur a été donné par l'historien allemand Hieronymus Wolf, mais eux-mêmes se sont toujours désignés comme « Romains » et c'est pourquoi les Turcs les appellent « Rum » d'où vient le mot « Roumis ».
  12. (en) Julia Bailey, Sibel Bozdoğan et Gülru Necipoğlu, History and Ideology: Architectural Heritage of the "Lands of Rum", BRILL, (ISBN 978-90-04-16320-1, lire en ligne), p. 7-25
  13. Yves Ternon, Les Arméniens. Histoire d'un génocide, Paris, Seuil, [détail des éditions].
  14. (en) « Foreign policy (1897-1922) », Foundation of the Hellenic World, (consulté le ).
  15. (tr) Ömer Asan, Pontos Kültürü, Belge Yayınları, , 423 p. (ISBN 978-975-344-220-6).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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